1- Robert Houdin

Jean-Eugène Robert fut un élève studieux au collège d’Orléans. Passionné de mécanique, il construisait d’ingénieux petits appareils dès qu’il avait du temps libre. Il fabriqua, entre autres, un manège qui faisait monter de l’eau grâce à l’action… d’une souris ! Ces talents d’inventeur allaient lui être bien utiles dans sa future carrière d’illusionniste, en particulier pour créer des automates au fonctionnement mystérieux.
Il sortit du collège à dix-huit ans. Le hasard lui fit assister aux démonstrations d’un escamoteur qui, après avoir appâté les spectateurs avec des tours de gobelets, leur vendait une brochure censée révéler ses secrets. Cet homme, qui se faisait appeler le Docteur Carlosbach, était un charlatan. Jean-Eugène fit immédiatement l’acquisition de ce qu’il pensait être un précieux livret, mais dont les explications se révélèrent incompréhensibles et les tours irréalisables. Quelle déception !
Son père, son grand-père et son arrière-grand-père étaient horlogers et Jean-Eugène souhaitait faire le même métier qu’eux. Mais son père le fit embaucher chez un notaire afin qu’il ait un travail plus “sérieux”. La passion de Jean-Eugène pour le bricolage fut cependant trop forte. En se levant très tôt le matin, il fabriqua en cachette une tabatière sur le couvercle de laquelle bougeaient des personnages (un lapin, un chasseur et son chien). Lorsqu’il vit cette réalisation, son père le complimenta, mais resta persuadé que l’habileté manuelle de son fils ne le mènerait à rien d’important. Jean-Eugène finit pourtant par quitter le bureau du notaire pour devenir apprenti horloger.
Il se rendit un jour chez un bouquiniste pour y acheter un Traité d’horlogerie. Le marchand, occupé avec un autre client, lui remit par mégarde un autre ouvrage intitulé Dictionnaire encyclopédique des amusements des sciences mathématiques et physiques où étaient expliqués des tours de magie. Ce fut une révélation ! Grâce à cette erreur du libraire, Jean-Eugène se découvrit une nouvelle passion qui allait bouleverser sa vie : l’illusionnisme !

Parti faire son « Tour de France » d’apprenti horloger le jeune Jean-Eugène Robert tomba d’une diligence. Il raconta avoir été recueilli et soigné par un magicien ambu-lant appelé Torrini qui lui enseigna ses secrets. Puis il travailla dans l’horlogerie de monsieur Jacques Houdin dont il épousa la fille. Leurs deux noms accolés donnèrent : Robert-Houdin.

UN MÉCANICIEN DE GÉNIE

Sa première grande invention fut un réveil-briquet c’est-à-dire un réveille-matin qui, au lieu de déclencher une sonnerie, allumait une flamme Il construisit également des pendules d’apparence très mystérieuse puisqu’elles semblait fonctionner sans mécanisme. En fait, tous leurs ressorts et engrenages se trouvaient dans le socle et le mouvement etait transmis aux aiguilles du cadran grâce à des axes de verre transparents. Il construisit également de merveilleux automates : des poupées mécaniques qui dessinaient, jouaient de la musique ou faisaient du trapèze.

SON THÉÂTRE DE MAGIE

En 1845, il ouvrit, à Paris, son propre théâtre : le Théâtre des Soirées Fantastiques. Jusqu’alors, l’illusionnisme se pratiquait dans les rues et sur les champs de foire, et les « escamoteurs » étaient affublés de costumes burlesques ou diaboliques. En présentant ses spectacles sur l’une des scènes les plus élégantes de la capitale, habillé sobrement d’un habit noir, Robert-Houdin en fit un art destiné à un public cultivé.
Il acheta une maison qu’il transforma en palais magique plein de surprises pour ses visiteurs. Un soir, il y éclaira ses invités avec des ampoules électriques de sa fabrication, bien avant qu’Edison, l’inventeur de la lampe à incandescence, ne mette au point les siennes.

L’HOMME INVULNÉRABLE

En 1856, le gouvernement français envoya Robert-Houdin en Algérie, avec pour mission de contrer, avec ses tours, les sorciers du pays qui, en prétendant posséder des pouvoirs surnaturels, avaient beaucoup d’influence sur la population. La « magie » de Robert-Houdin fit grande impression, surtout lorsqu’il fit croire qu’il était invulnérable. Il demanda à un marabout de charger un pistolet, puis de lui tirer dessus. Non seulement la balle ne tua pas Robert-Houdin, mais on la retrouva plantée dans une pomme que le magicien tenait sur la pointe d’un couteau…

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